4.
 Yann laissa le directeur à l'avion pour le cas où les pilotes reviendraient à eux, et embarqua avec Martine dans la camionnette pour retourner aux locaux près de la tour de contrôle.
A peine descendus du véhicule, une nuée de curieux se précipita pour leur poser des questions.
Yann fit signe qu'il était inutile d'insister.
- Tout le monde va bien à l'intérieur, je ne peux pas vous en dire davantage pour le moment sinon que l'urgence est réglée.
Les visages se décrispèrent, et les sourires revinrent. On se mit à bavarder sur les qualités de l'atterrissage et peu à peu tout le monde réintégra les bureaux.
Yann entraîna Martine vers le PC sécurité du bâtiment principal. Ils saluèrent le vigile en entrant.
- Où rangez-vous les appareils portatifs d'identification par empreinte digitale ? demanda l'ingénieur.
Son interlocuteur, un immense colosse adepte de rugby, se déplia de sa chaise pour attraper un boîtier sur une étagère.
L'objet en question était de la taille d'un gros PDA, muni d'une poignée grip au dos pour bien l'avoir en main et le tout était recouvert d'une enveloppe protectrice en caoutchouc. Une cellule était disposée sur le dessus, afin de poser le doigt pour l'identification.
- Voici le Morpho RapID, présenta Yann. Développé par Sagem Défense Sécurité, enfin par SAFRAN. Un produit bien de chez nous ! ajouta t-il avec fierté.
- Et à quoi cela sert-il ? questionna Martine qui ne voyait pas le rapport entre cet instrument et leur affaire d'avion mystérieux.
Yann se fendit d'un rictus.
- Ce petit bijou sert la plupart du temps à identifier des individus.
Il se tourna vers le gardien pour demander :
- Celui-ci contient les fichiers d'accès à notre site ?
- Tout à fait.
Satisfait, Yann désigna la cellule sur le dessus de l'appareil.
- Posez le bout de votre index là, dit-il à Martine.
Elle s'exécuta, curieuse.
Presque instantanément l'écran couleur afficha une réponse.
- Voilà, fit Yann en tournant le PDA vers elle.
Il gloussa de joie avant de s'adresser au gardien :
- Pourriez-vous demander au Siège de comparer les empreintes que l'on va leur envoyer avec celles du fichier de sécurité du Groupe ?
Le colosse répondit par l'affirmative.
- Si ces deux messieurs sont enregistrés chez SAFRAN, on devrait pouvoir les retrouver ainsi, avertit Yann.
Martine intervint
- on a le droit de prendre des empreintes comme ça ?
Yann se mit à rire.
- effectivement, il y a une dizaine d’années on s’est posé beaucoup de questions… mais tout cela est réglé aujourd’hui. Il suffit de contacter le correspondant aux protection des données personnelles de l’entreprise qui va enclencher une procédure d’autorisation d’urgence auprès de la CNIL.
Martine désigna le Morpho RapID.
- Pas besoin de fil, j'imagine ?
Yann se mit à rire.
- Non, en effet. Nous disposons d'une autonomie de huit heures. Ça devrait nous suffire, j'espère !
Le portable de Yann se mit à vibrer… un numéro d’autorisation s’afficha.
Moins de dix minutes plus tard, et ils étaient de retour dans le Falcon.
- Ils dorment toujours ? demanda Martine en entrant.
Le directeur lui montra un passager qui avait l'air paisible, les paupières closes.
- Comme des gosses ! Des pilotes qui dorment comme ça pendant leur vol, je n'y comprends rien !
Yann brandit le Morpho RapID devant lui.
- On va peut-être en savoir plus dans quelques secondes.
Il entra le numéro d’autorisation, puis il prit délicatement la main du passager et appliqua la première phalange de son index sur la cellule.
Il prit délicatement la main du passager et appliqua la première phalange de son index sur la cellule.
Yann soupira. Il se redressa et fit de même avec l'autre homme.
Quelques minutes plus tard, Yann connectait le Morpho RapID à l'ordinateur par le port USB et transférait les données chez SAFRAN.
L'écran afficha une réponse négative.
Aucune donnée correspondante.
- Apparemment, ils ne sont pas enregistrés chez SAFRAN, commenta Calmotte d'une voix monotone.
L'ingénieur était déçu, il avait placé beaucoup d'espoir en cette solution.
- Pourtant, fit-il en montrant la combinaison bleue à l'écusson « SAFRAN », ils font partie du Groupe. Ils devraient être dans nos fichiers, c'est sûr. La machine ne peut pas se tromper, s'ils sont dedans, elle doit les trouver…
Martine, Calmotte et Yann retournèrent dans le Falcon, pour être auprès des pilotes assoupis.
Tous les trois étaient déconcertés, les mines tristes ils fouillaient l'environnement comme s'il contenait un moyen de les rassurer, de comprendre.
- Je vais chercher de quoi transporter ces hommes à l'intérieur du bâtiment ; nous allons essayer d'en savoir un peu plus.
Yann sauta dans la camionnette et revint rapidement avec deux fauteuils roulants pliables qu'il disposa au pied des marches. Il avait ramené avec lui le gardien au physique de rugbyman. Le géant fit la moue. Ensemble, ils soulevèrent les deux inconnus pour les asseoir hors de l'avion. Aucun des deux ne se réveilla.

- Dîtes donc, ce narcotique là, il est drôlement puissant ! s'étonna le directeur.
Yann acquiesça sans rien dire.
La camionnette les ramena devant l'entrée principale, au pied de la tour de contrôle.
Ils entrèrent en poussant les deux fauteuils roulants jusqu'à l'ascenseur.
Soudain, Martine pencha la tête.
Puis elle s'inclina au-dessus du passager dormant pour effleurer de son ongle l'écusson SAFRAN sur la combinaison bleue. Ses doigts agrippèrent le bord de l'écusson et elle tira.
Le scratch du velcro agressa le silence de l'habitacle.
- Une poche ! s'exclama Calmotte.
- Il y a une toute petite poche sous le sigle ! répéta Martine.
Elle saisit dans la foulée la carte magnétique qui dépassait à présent sous les pans du velcro.
- Qu'est ce que c'est ? interrogea Calmotte.
- C'est un badge d'accès ! trépigna Yann. Voilà ce qu'il nous manquait ! C'est un de nos derniers modèles, ultra sécurisé, infalsifiable. Nous les utilisons dans les lieux les plus sensibles. Il y a un système de ce type, ici, au labo.
Yann brandit les deux badges devant lui.
- Ils contiennent des mesures d'identifications biométriques et, accessoirement, la photo du titulaire… Pour des raisons de sécurité, tous les accès sont dans une base de données unique, protégée par des firewalls dernier cri. On devrait pouvoir les identifier…
Arrivé devant le laboratoire, l'ingénieur introduisit le badge dans la fente prévue à cet effet.
Les trois visages se penchèrent sur l'écran de la borne.
Ils découvraient qui étaient les deux hommes à bord du Falcon.
Martine brisa le silence :
- Alors ça… Regardez le résultat
***
|
|