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3.


Le vent venait de se lever depuis le grand large.
L’océan Atlantique léchait les plages de son immense masse bleutée.
Et dans le ciel tirant sur le gris, un oiseau de modernité glissait admirablement vers le sol, contrôlant avec une aisance et une stabilité formidable sa descente.
Le Falcon se cabra juste ce qu’il fallait pour que ses roues arrières touchent la piste en premières, provoquant aussitôt l’apparition d’un petit nuage sombre qui se dissipa dans la foulée. Les trains d’atterrissage de Messier-Dowty, spécialement conçus pour cet appareil, se posèrent comme une plume sur le tarmac, puis, le savoir-faire de Messier-Bugatti entra en action. Des systèmes électro-hydrauliques à la régulation de freinage jusqu’aux disques carbone en passant par les circuits et appareils de surveillance, une formidable batterie de technologie s’ébranla pour qu’aucun détail de l’atterrissage n’échappe à l’avion, jusqu’à la pression des pneumatiques mesurée et contrôlée en temps réel par télétransmission via le système TPMS-ng1.
En parfaits alchimistes, les roues et freins Sepcarb® transformèrent l’énergie cinétique dégagée par la vitesse en chaleur afin de la dissiper. Dans chaque roue les disques de carbones se frottèrent les uns aux autres, le puits de chaleur entra en action, cumulant en quelques secondes un pic impressionnant de degrés.
Le nez de l’avion s’inclina.
Le bout de la piste s’approchait.
La terre et ses mottes dangereuses, ses trous fourbes, et sa mollesse déséquilibrante qui menacerait de faire chavirer le Falcon.
Le paysage défilait de part et d’autre des ailes profilées.
Les réacteurs ronflaient comme les hurlements de bêtes sauvages, l’inversion de poussée mise à fond.
Et le Falcon s’immobilisa.
Bien avant la fin du revêtement.
Tout ceux qui assistaient à l’atterrissage reprirent leur souffle. L’un d’entre eux commença même à applaudir.
La camionnette qui attendait sur le bas côté se mit en route, transportant le directeur du site, Franck Calmotte, son ingénieur, Yann, et Martine, l’analyste qui avait déclenché toute l’affaire. A peine arrêtée à proximité de l’avion, que Calmotte sauta à l’extérieur.
Aucun signe de vie n’était décelable depuis l’extérieur. Les moteurs tournaient toujours, chantant leur symphonie de puissance.
Yann fit le tour de l’aile et approcha de l’arrière du Falcon, observant une des réacteurs. Il pencha la tête comme si quelque chose n’allait pas.
Pendant ce temps, Calmotte parvint à ouvrir la porte de l’appareil et la fit descendre avec précaution..
Après une courte hésitation, il gravit les premières marches et pencha la tête à l’intérieur.
Ses yeux s’écarquillèrent.
- Bon sang ! s’écria t-il en se précipitant en cabine.
Martine qui était en retrait sursauta.
- Qu’est ce qu’il y a ?
N’ayant pas de réponse, elle grimpa les marches à son tour et entra dans l’habitacle.
L’aménagement n’était pas celui qu’elle s’attendait à trouver. Pas de sièges moelleux, ni de coin salon. Rien qu’un alignement d’écrans et deux couchettes médicalisées dans lesquelles étaient allongés deux hommes, inanimés.
Calmotte était au chevet d’un des individus qui arborait une combinaison bleue..
Martine porta ses mains à la bouche.
- N’ayez crainte ! rassura le directeur. Ça n’est pas ce que vous croyez, il est inconscient.
Calmotte se redressa et passa devant Martine pour pénétrer dans le cockpit vide d’où scintillaient des dizaines de lumières polychromes.
- C’est la même chose pour le pilote ! expliqua t-il par-dessus le bruit des machines. On dirait qu’ils… dorment !
Yann les rejoignit à son tour. Une fois son étonnement passé, il inspecta brièvement l’intérieur de l’appareil. Plusieurs ordinateurs étaient rivés au sol et procédaient à des analyses.
- Définitivement un vol expérimental, commenta t-il.
- Pour quelle expérience ? interrogea Martine.
- C’est là la question ! L’avion me semble normal, il ne s’agit pas d’un prototype. En apparence du moins.
Le directeur passa la tête hors de la cabine de pilotage.
- Yann, pourriez-vous couper ces moteurs ?
L’ingénieur acquiesça et s’affaira aux dessus des commandes de bord. Le bruit diminua en quelques secondes.
Tandis que le silence prenait progressivement l’ascendant sur l’appareil, la chape de mystère qui auréolait ce vol se densifiait. Martine examinait son environnement en s’interrogeant sur ce qui avait bien pu se passer à bord, quelques heures ou minutes plus tôt.
Un vent frais s’engouffra par la porte en sifflant, plaquant les vêtements de Martine sur son corps frêle. Elle ajusta une mèche de cheveux qui lui fouettait le visage.
La jeune femme désigna les deux hommes inconscients.
- Qu’est ce qui a pu leur arriver ?
Calmotte respira un grand coup pour assurer sa détermination et palpa la combinaison d’un « passager ».
- Jamais vu une combinaison à l’effigie de SAFRAN ! s’étonna-t-il en découvrant le logo du Groupe sur le torse de l’individu en question.
Son expression s’assombrit tandis qu’il retirait d’une poche l’unique élément que le passager inconscient avait sur lui. Il s’agissait d’une fiole en plastique contenant des gélules. Le directeur lut ce qui était écrit en petit caractère sur l’étiquette.
- Alors ça…
- Quoi ? De quoi s’agit-il ? questionna Martine.
Yann passa à l’avant pour fouiller le pilote, il revint avec le même flacon.
- Ces hommes… commença Calmotte, abasourdi. Ils… Ils dorment… volontairement.
Il tendit la fiole vers Martine.
- Il s’agit d’un puissant narcotique, précisa t-il
L’analyste rentra sa tête entre ses épaules.
- Pardon ? Vous voulez dire qu’ils ont choisi de s’endormir pendant le vol ?
- On dirait bien, en effet.
Comme s’il se réveillait d’une longue nuit de rêves étranges, Calmotte retrouva son aplomb :
- Martine, vous avez réussi à contacter Villaroche ?
- Les correspondants que j’ai eu n’avaient aucune idée de quoi je parlais. J’ai demandé à Camille de continuer les appels et de joindre la direction.
Calmotte contempla l’intérieur de l’avion.
- Je veux savoir à qui on a affaire. Yann, puisque ces hommes semblent faire partie du Groupe, vous pensez qu’on peut les identifier ?
- Je n’ai trouvé aucun papier les concernant.
Le directeur brandit son index devant lui et l’agita.
- Non, je veux dire : puisqu’ils sont de SAFRAN, il y a peut-être un moyen de les reconnaître, je ne sais pas, comme nous avec nos badges pour entrer dans les locaux et tous ces ordinateurs qui contrôlent l’accès au site…
Yann approuva.
L’ingénieur prit le temps de passer en revue les différents procédés qui s’offraient à lui avant de répondre.
- Oui, finit-il par répondre. C’est envisageable. Pas sûr, mais envisageable. Et j’ai même une idée pour éviter d’avoir à les sortir de là, ajouta t-il.
Il attrapa le pouce du passager et l’examina.
- Le savoir-faire de SAFRAN en matière de biométrie est infini… lança t-il avec un clin d’oeil.
- Je vais vous montrer.


1TPMS NG : Tire Pressure Monitoring System New Generation.

***

 
   


 



 

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